Interview de Marion, 21 ans : de bachelière scientifique à l’ENS Rennes

Guid'Formation | 26.01.2015 à 17h47 Mis à jour le 19.11.2015 à 16h02
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Retrouvez l’interview de Marion, ancienne S, Licenciée STAPS et actuellement étudiante à l’ENS département Sport à Rennes.


-          Avant tout, pourrais-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Marion, j’ai 21 ans et je suis originaire de région parisienne.
On va dire qu’on peut me qualifier de dynamique et sportive. J’adore les gens et j’essaie de garder au mieux contact avec mes proches de divers horizons. J’ai toujours été passionnée de sport, ce qui m’a conduit à m’investir dans différents clubs et associations tout au long de ma petite vie. Je suis aussi scout et je joue un peu de musique, autant dire que les semaines ont toujours été bien remplies ! Ah oui, j’ai beaucoup voyagé en itinérant avec mes parents, ce qui m’a donné goût à la découverte des pays étrangers et de leurs cultures, mais aussi à la solidarité internationale.
 

-          Tu étais dans quelle section au lycée ? avais-tu des options, activités ? Pour quelles raisons as-tu choisi cette voie plutôt qu’une autre ? Qu’est-ce que ça t’a apporté ?

J’ai un Bac S MAIS (parce qu’il y a toujours un « MAIS »), si on s’en tient à ma « fibre mathématique » j’ai un profil plutôt ES : je rédige bien, et j’aime la litté et les langues, mais à côté de ça, j’adorais la SVT, et la physique chimie m’intéressait aussi…
Au lycée, j’ai eu beaucoup d’activité : le Basket en club, la Danse en association, le Badminton à l’AS et la guitare en 1re. En terminale, j’ai repris les scouts et j’étais investie dans le mouvement, en plus de l’élaboration de mon projet de développement à l’internationale (soutien scolaire et animation dans un orphelinat au Cambodge). Avec toutes mes activités extra scolaires, qui me prenaient littéralement tous les soirs de la semaine, j’ai dû faire des choix et consacrer plus de temps aux matières qui me posaient problème. Cependant, si j’ai choisi S c’est parce que j’ai toujours eu le projet de faire STAPS après le Bac. Cette filière n’est pas discriminante mais on m’a fait comprendre qu’un Bac S permettait d’être plus à l’aise dans les matières scientifiques à la fac, donc je me suis orientée vers cette section parce que j’en avais les moyens (je pense vraiment qu’il ne faut pas forcer les élèves en difficulté dans les matières scientifiques à faire cette filière si elle n’est pas indispensable pour leurs études supérieures...) C’est vrai que cela m’a apporté certaines connaissances et une logique qui m’ont été utiles par la suite. Et puis à part les maths, tout me plaisait bien. Je précise qu’en STAPS il y a aussi un bloc littéraire, donc ceux qui sortaient d’ES étaient aussi tout à fait capables de s’en sortir en reprenant les bases du bloc scientifique.

 
-          L’orientation après l’obtention du Bac n’est pas toujours facile : vers quelles études t’es-tu dirigé une fois ton diplôme en poche ? Avais-tu déjà ton projet professionnel bien délimité ? Si non, comment s’est-il construit ?

J’avoue que j’avais la chance d’avoir toujours su ce que je voulais faire plus tard. C’est vrai que différents domaines m’intéressaient, j’avais un penchant pour le domaine médical, celui de l’hôtellerie, voire celui du journalisme (sportif et de voyage). Mais oui j’avais un projet professionnel bien délimité : professeur d’EPS. Ma mère est prof d’EPS et c’est vrai que j’avais un exemple concret du métier alors que tous les autres secteurs m’étaient inconnus, peut-être que ça peut faire un peu peur et j’encourage vivement les lycéens à se renseigner au plus près sur les professions qui les tentent et comment on y accède. De plus, les différents aspects du métier me plaisaient bien : travailler à l’extérieur ou en gymnase, en lien avec le sport, l’apprentissage, l’éducation des élèves, le fait de travailler en équipe et de transmettre une passion, la possibilité d’organiser des projets un peu "extra", la relation privilégiée qu’on peut avoir avec les élèves... Mais j’ai aussi compris que le métier devenait de plus en plus difficile, mes parents m’encourageaient à me renseigner sur les filières telles que Sciences Po, mais je suis restée sur mon idée (en espérant ne pas avoir de désillusion !) avec pour but final de passer l’agrégation d’EPS.

 
-          Après la fac tu t’es dirigée vers une autre voie peu commune : comment as-tu choisi de faire la formation que tu as suivie par la suite ?

Étant donné mon choix de futur métier, il n’a pas été difficile de choisir mes études supérieures puisque je pense qu’il n’y a qu’une seule voie ! Je suis donc rentrée en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (STAPS) à l’Université de Nanterre Paris Ouest. Cependant, au cours de ma formation je me suis rendu compte que j’avais aussi un intérêt pour le paramédical et je me disais pourquoi ne pas passer un diplôme après le CAPEPS, pour travailler avec des populations nécessitant une activité physique adaptée.
En première année, j’ai entendu parler du concours de l’École Normale Supérieure, département Sciences du Sport, à Rennes, qui offre une formation à et pour la recherche, ainsi qu’une formation à l’agrégation d’EPS. Ce concours peut être tenté 2 fois, en L2 et en L3.
Mes cours m’ont servi pour la base mais j’ai dû approfondir mes connaissances par des documents annexes et surtout des lectures personnelles car je manquais de référence. De plus, il a fallu réapprendre à rédiger car en L1 et L2 il y avait très peu de questions type "dissertation" lors des partiels. L’étendue du programme de révisions était vraiment très vaste car avant tout ils veulent évaluer notre réflexion.
En L2 j’avais passé le concours plus dans une optique de tentative car je n’avais pas eu le temps de me préparer correctement et je n’avais sûrement pas le recul nécessaire. Je n’avais même pas été admissible, c’était vraiment compliqué de travailler ça seule en même temps que les cours, le stage, les activités... En parallèle j’avais préparé un dossier Erasmus. Je suis donc partie le premier semestre de L3 et je suis rentrée pour retenter le concours en mars.
Pendant mon Erasmus j’ai essayé d’anticiper sur ma préparation en me replongeant dans les items du concours et les lectures annexes. A mon retour en janvier, je m’investissais à la fac et pour le concours avec une légère priorité sur le concours mais j’ai surtout travaillé à fond pendant un gros mois avant le concours. Un étudiant normalien me guidait un peu et ça a été une aide précieuse pour gérer le timing. Cette fois, j’ai été admissible et admise, sur le fil du rasoir (9e sur 10) mais ce qui compte c’est d’y être ! J’y tenais énormément car arrivée en L3 je me suis rendue compte d’à quel point j’étais intéressée par la diversité des champs des STAPS et que je ne pourrais pas en faire ne serait-ce qu’un petit tour si je suivais le cursus habituel de préparation au concours dès le M1. Je ne me voyais pas rentrer de suite dans le monde professionnel, j’avais vraiment envie d’aller plus loin dans les connaissances et la réflexion, que ce soit dans les différents domaines de la recherche ou dans la préparation à l’agrégation. De plus, ça me faisait plaisir de débarquer dans une nouvelle atmosphère et la vie étudiante en province c’est quand même vachement sympa !
Quand je suis entrée en STAPS je ne connaissais même pas l’existence de l’ENS Rennes, puis j’ai entendu parler de cette école et je me suis rendu compte d’à quel point cette formation était une chance. Je me suis fixé l’objectif de rentrer dans cette école et j’ai essayé de m’en donner les moyens. Ça aurait très bien pu ne pas passer, je connais de très bons étudiants qui auraient mérité d’y rentrer mais qui n’ont pas été admis, ça ne les empêchera pas de postuler pour entrer en tant qu’auditeur libre pour la préparation agrégation. En soit c’était un bonus et ces études me correspondent bien aujourd’hui, mais si j’avais raté j’aurais passé le CAPEPS comme tout le monde pour faire le métier que j’ai toujours eu envie de faire, donc je n’avais rien à perdre !


-          Raconte-nous la manière dont s’est déroulé le début de tes études supérieures : la transition avec le lycée s’est-elle bien passée ? as-tu regretté tes premiers choix ?

Au top ! En terminale j’avais vraiment hâte de commencer à étudier ce qui me servirait pour plus tard, et ma rentrée en STAPS s’est vraiment très bien passée. J’ai adoré les matières qu’on avait, la théorie m’intéressait beaucoup et j’apprenais aussi pas mal en pratique, en plus il y avait une bonne ambiance !
Au niveau de la transition, j’ai pris conscience d’à quel point il était important de se responsabiliser à la fac, de partir dans l’optique qu’on assisterait à tous les cours, même les amphis non obligatoires, pour ne pas accumuler de retard sur les partiels de fin de semestre. En ce qui me concerne, je n’avais pas le temps de beaucoup travailler chez moi alors j’étais assidue et le fait de ne rater aucun cours m’a vraiment aidée dans mes révisions.
De plus, la nouvelle liberté qu’on avait a été très appréciable, de même que la "vie étudiante".

 
-          Quelles sont les matières importantes que tu as étudiées durant ton cursus ? Qu’est-ce qui t’a intéressé tout particulièrement ?

Lors de la Licence STAPS, il y avait une vingtaine d’heures de théorie (CM+TD) par semaine et 10 heures de pratique. La répartition et les matières varient selon les universités. Mais à Nanterre nous avions une spécialité sportive toute l’année en L1 et L2, et 4 autres sports toute l’année, mais qui changeaient entre le 1er et le 2e semestre. Du coup, j’ai pratiqué une dizaine de sports sur ces 3 années : danse, gymnastique, GR, natation, athlétisme, foot, rugby, un peu de basket/hand/volley, judo, boxe, maintenant il y a des sports de raquette aussi... En théorie, nous avions un bloc "littéraire" : sociologie, histoire, psychologie ; et un bloc scientifique : anatomie, physiologie, neurophysiologie, biomécanique, contrôle moteur. J’ai trouvé tout ça intéressant, notamment la physiologie, l’anatomie, la sociologie et la psychologie. Au fil des années, il y avait aussi des cours qui m’intéressaient un peu moins de types statistiques, informatique, mathématiques, et initiation à la recherche... De plus, j’ai choisi la filière Education et Motricité (EM, ou Enseignement), j’avais aussi des cours de pédagogie, didactique en lien avec l’EPS, auxquels j’accordais une importance particulière puisqu’ils sont en lien avec le métier.
En L3, je suis partie le 1er semestre en Erasmus à Bratislava donc je n’ai pas assisté aux cours en France mais je les ai lus et c’était un peu plus spécifique à l’EM même si à mon retour j’ai trouvé qu’on n’anticipait pas assez sur la préparation du concours du CAPEPS pour le Master.

 
-          Tu as aussi eu des périodes de stages professionnels : pourrais-tu nous en dire plus ?
 
En L2, on avait un stage par semestre afin d’avoir un aperçu des différents milieux selon les filières et faire un choix en licence (maintenant les deux stages se font dans la même filière). J’avais fait un stage en école primaire en EM au premier semestre, je faisais cours à des CE2 et j’observais mon binôme faire de même une après-midi par semaine. Ça s’était très bien passé mais ça fait drôle de devenir "le prof", la transition entre la théorie et la pratique s’avère toujours un peu difficile, mais je voulais vraiment bien faire et ça me plaît donc ça a été.
Au deuxième semestre, j’étais dans un collège accueillant deux tiers d'handicapés moteurs pour l’APAS. J’étais davantage en observation, la manière dont les cours d’EPS étaient adaptés selon le public. Je me suis rendu compte que la dimension en lien avec le paramédical m’intéressait aussi pas mal. De plus, j’ai eu la chance d’accompagner une classe en ski adapté et c’était vraiment une super expérience.
 J’avais un peu peur que le métier me plaise moins sur le terrain, mais finalement tout s’est bien passé ! Cependant d’autres ont ajusté leur orientation après ces stages.
En L3, nous avions un stage en collège ou lycée sur 3 mois, je faisais cours 2 h et j’observais mon binôme 2 h (au moins) par semaine. J’étais dans un collège, un peu plus de responsabilités et face à de nouveaux problèmes mais en même temps un vrai pied dans le métier pour se confronter au terrain. Ça m’a demandé beaucoup de travail car c’est long d’acquérir certains automatismes sans expérience, mais ça s’est très bien passé, ma tutrice et mon binôme étaient tops, et c’est ce que j’ai préféré sur l’année.

 
-          Quels conseils offrirais-tu à un lycéen/étudiant qui souhaite se lancer dans la même voie que toi ?

Par rapport à STAPS, je pense que plusieurs conditions sont nécessaires sur le papier, mais si on s’en donne les moyens c’est largement accessible à un tas de profils : on venait tous de sections différentes, avec un vécu sportif et des préférences théorie/pratique différentes. Cependant, il faut avoir conscience qu’il y a quand même bien plus de théorie que de pratique et parfois c’est assez pointu, on ne fait pas que jouer au ballon. :)
Après, si on peut faire un Bac S voir ES ça aide, mais on peut aussi bien réussir avec les autres sections. En revanche là où ça se joue, c’est quand on arrive à la fac : c’est vraiment important d’assister à tous les cours, ceux obligatoires bien sûr mais aussi les amphis pour ne pas prendre de retard. Je conseillerai aussi de travailler au fur et à mesure car le programme est assez dense. Faire des fiches ou relire petit à petit, l’essentiel c’est d’être prêt pour les partiels. D’ailleurs il y a des examens en TD et en pratique à la mi-semestre ce qui fait qu’un travail doit quand même être fourni régulièrement pour ne pas être débordé car tout arrive en même temps. Mais le niveau d’exigence est largement abordable donc pas d’inquiétude, un étudiant sérieux n’a pas de raison de pas valider !
De plus, c’est bien si on a une spécialité tout en ayant pratiqué divers sports avant, mais encore une fois en première année on est aussi là pour apprendre et même si des sports comme natation et athlétisme requièrent une forme de performance, pour le reste les débutants qui s’investissent en cours progressent très vite.
En pratique 50 % de la note est sur la théorie de la discipline donc il faut aussi travailler les cours pour avoir une bonne note (ce qui ne désavantage ni les débutants ni les experts qui bossent !). Ah, autre chose importante, c’est la gestion de la fatigue. 35 h de cours par semaine donc 10 h de pratique + nos entraînements à l’extérieur, au début ça surprend un peu ! Ensuite on s’y fait, mais il faut vraiment faire attention de ne pas se blesser parce que sinon ça devient compliqué de valider les pratiques. Il y a toujours la session de rattrapages en juin si on est blessé pendant les partiels mais bon c’est toujours mieux d’être débarrassé.
Sinon c’est aussi bien de se bouger pour trouver des stages qui nous intéressent, pour que ce ne soit pas une plaie mais un tremplin, une expérience professionnelle qui nous aide à nous orienter et pour laquelle on est motivé à travailler.
 

-          Le mot de la fin : y aurait-il un conseil/une anecdote particulière sur la vie d’étudiant que tu aimerais partager avec nos lecteurs ?

Si vous avez l’occasion dans votre cursus de partir à l’étranger, que ce soit pour votre stage ou en échange (Erasmus, Micefa), ou même pour améliorer une langue : FONCEZ.
C’est une expérience inoubliable, tant sur le plan humain, culturel, que sur la connaissance de soi. On en sort vraiment grandi et en ayant rencontré des gens qui peuvent devenir des amis même en quelques mois. Et même si aucun séjour ne se ressemble tous ceux que je connais y ont vu assez de positif pour ne jamais regretter d’être partis !